Actualités: Intervention sous hypnose aux Hôpitaux Iris-Sud

9h, un jeudi matin au bloc opératoire du site Etterbeek-Ixelles… « Quand vos pensées le souhaitent, vous pouvez imaginer que votre corps reste ici et votre esprit va dans le lieu que vous avez choisi », susurre le Dr Rizzo, à l’oreille d’une patiente. L’anesthésiste la prépare à subir une tumorectomie du sein… sous hypnose.

 

L’hypnose fascine, mais il ne faut pas confondre « hypnose du spectacle » et « hypnose médicale ». Dans le domaine médical, l’hypnose est réalisée dans un but de soin, d’analgésie et de confort. Le soignant a un comportement bienveillant et ne pratique jamais d’hypnose directive.

Si l’hypnose a un pouvoir analgésique, il n’est pas absolu. Il est donc nécessaire d’administrer des produits analgésiques avec une anesthésie locale. On parle alors d’hypnosédation.

Comment fonctionne l’hypnose ? « Chacun de nous possède une conscience globale qui est une oscillation perpétuelle entre une conscience critique (capacité d’analyse de la situation présente) et une conscience hypnotique (quand nous partons dans nos pensées) », explique le Dr Rizzo, anesthésiste pratiquant l’hypnose depuis un an et demi.  Le rôle du médecin est de provoquer une transe et de la stabiliser tout en donnant des suggestions de confort au patient.

Toutes les chirurgies ne sont pas susceptibles d’être réalisées sous hypnose. Cela n’est possible que pour les interventions de surface pour lesquelles on peut envisager, soit une anesthésie locale, soit une anesthésie de blocs nerveux périphériques. Le docteur Buxant, chef du service gynécologie-obstétrique-sénologie aux Hôpitaux Iris Sud, a participé à  cette opération sous hypnose. Il explique, par exemple, que « dans la chirurgie mammaire, une tumorectomie du sein est réalisable sous hypnose mais une mastectomie sous anesthésie locale (ablation totale de la glande mammaire) chez une  patiente qui a un sein de volume considérable, serait certainement plus laborieuse ». Par conséquent, on ne peut pas  envisager l’hypnose pour toutes  les interventions. Cela dépend notamment de la dimension de la lésion, du volume de la glande mammaire et avant toute chose, du souhait de la patiente évidemment.

Le patient se prépare à l’hypnose

anesthésiste intervention hypnoseComme toute intervention chirurgicale, l’intervention sous hypnose nécessite une certaine préparation. L’anesthésiste rencontre le patient avant l’opération afin de pratiquer le recueil de thèmes. « Je demande au patient d’exprimer ses rêves, ses souhaits… Où est-ce qu’il souhaiterait ‘’aller’’ lors de cette séance d’hypnose ? Quel est le lieu qui le rassure, le détend, lui donne du confort et où il se sent bien ? », détaille le Dr Rizzo. La séance ne peut fonctionner que si le patient est motivé et collabore avec l’anesthésiste. Ce qui fascine le Dr Rizzo dans la pratique de l’hypnose, c’est qu’elle permet au patient de mobiliser des ressources dont il dispose. « On l’aide à devenir acteur de sa prise en charge. De plus en plus de patients sont demandeurs ».

Le jour de l’intervention, l’anesthésiste accueille le patient. Dès le premier « bonjour », le docteur utilise les techniques de la communication thérapeutique. Grâce à ce langage, le patient rentre déjà progressivement dans une forme de communication hypnotique. Une fois celui-ci installé sur la table d’opération, l’hypnose formelle peut commencer. L’anesthésiste doit d’abord donner un point de départ précis au patient : le lieu et le temps présent. Et puis c’est parti… Odorat, ouïe, vue, toucher et goût. L’anesthésiste stimule tous les sens dans la transe du patient pour le faire voyager vers le lieu qu’il a choisi. Chacun choisit le lieu réel ou imaginaire qui lui parle en termes de confort et de sécurité. Le rôle de l’anesthésiste est de relater tous les éléments descriptifs pour envoyer la personne dans une phase d’hypnose. Il faut compter 5 à 10 minutes pour qu’un patient soit hypnotisé,  après quoi  c’est aux chirurgiens d’entrer en scène.

Tout au long de l’hypnose, le patient sait ce qu’il se passe autour de lui, mais en est détaché. Cet état de conscience modifiée permet de rester en communication avec l’anesthésiste qui demande régulièrement au patient s’il  se sent bien durant l’intervention. Pour la patiente qui subissait une tumorectomie au sein, « le signe convenu au préalable, c’était de me serrer la main », raconte le Dr Rizzo.

Et s’il quitte son état hypnotique ?

Que se passe-t-il si le patient quitte son état hypnotique ? Pour éviter que cela n’arrive, l’opération doit se dérouler dans une ambiance plus calme que d’habitude, comme l’explique Dr Buxant. « L’idée c’est de ne pas perturber l’hypnose du patient. Ce qui implique une  atmosphère feutrée et une communication non bruyante entre chirurgiens. On évite également les gestes susceptibles de stimuler une partie du corps qui n’est pas endormie, car l’anesthésie est très locale ». D’ailleurs, tout est méticuleusement prévu pour éviter toute perturbation de l'état hypnotique du patient. Les autres spécialistes ou paramédicaux concernés par l’intervention sont également amenés à revoir leurs habitudes.

Dans tous les cas, l’équipe est toujours prête à réagir. « On reste avant tout des anesthésistes. L’hypnose fait partie d’un arsenal de moyens donc on peut toujours recourir à des  compléments à une hypnose si l’on voit que l’état d’inconfort du patient n’est pas résolu », assure le Dr Rizzo. « C’est pour ça que toutes les précautions qui sont prises pour une anesthésie générale normale sont également prises lors d’une hypnose ».

La collaboration entre chirurgiens et anesthésistes est aussi impactée. « Vous devez promettre à votre anesthésiste que l’hypnose ne va pas devoir durer une heure et demie, deux heures. D’où la raison d’opérer uniquement avec des chirurgiens expérimentés. Et quand vous savez que vous allez faire un geste qui pourrait perturber l’hypnose, il s’agit de jeter un coup d’œil à l’anesthésiste pour le prévenir, pas spécialement verbalement ».

Les avantages de l’hypnose

« Ce qui a frappé le personnel infirmier qui n’avait jamais vu de patients opérés sous hypnose, c’est son état de bien-être », raconte le Dr Rizzo. Un patient opéré sous hypnose est un patient qui ne subit pas les effets secondaires de l’anesthésie générale : ni nausées, ni vomissements, ni migraines. Il n’aura pas non plus besoin d’aller en salle de réveil, car il se remet très vite de son opération. La perfusion peut être retirée instantanément et le patient peut boire et manger tout de suite après l’intervention. La littérature scientifique rapporte, en outre, une meilleure guérison.

Pour le Dr Rizzo, « l’hypnose est un moyen qui a un potentiel très élevé, qui ne va pas remplacer totalement l’anesthésie générale, mais qui doit être de plus en plus considéré comme une des techniques disponibles dans l’arsenal d’un anesthésiste ».